Mais oui, Señor Ramón, la confusion est totale ! Mais je vous remercie car d’une part, vous nous apportez beaucoup d’informations inédites, du moins pour moi, et d’autre part, la confusion est une étape nécessaire !
En somme, que savons-nous de façon sûre ? Que Pierre Boyer, fils de Raulet, a épousé au plus tard en 1555, Delphine Conducher, ce qui est attesté par le testament que celle-ci a dicté cette année-là. (Je suppose que Pierre Boyer, fils de Ramon, serait trop jeune pour être l’époux de Delphine Conducher. Mais sommes-nous sûrs de cela ?)
Je retiens une remarque très pertinente que vous faites à propos des testaments, c’est qu’ils n’impliquent pas le décès immédiat du testateur. Je voudrais envisager une possibilité au sujet des contrats de mariage : c’est que s’ils étaient habituellement suivis du mariage, je pense que plus rarement, car cela entraînait des frais au moins pour la partie qui se dédisait, le projet de mariage avortait.
Quelle preuve avons-nous que le contrat de mariage du 19/09/1570 entre un certain Pierre Boyer, quel qu’il fût, et Marie Pastre, veuve Richard, ait été suivi d’un mariage effectif ? Ce couple apparaît-il dans d’autres actes ? Des enfants en sont-ils nés ? (Peut-être avez-vous réponse à cette question, et cela peut infirmer tout ce que vais suggérer plus loin.)
Au lieu de cela, deux mois et demi après ce premier contrat, il semble qu’il y ait eu un nouveau contrat avec un Pierre Boyer (s’agit-il du même protagoniste, de l’oncle, du neveu ou d’un cousin ? qui pourrait le dire, quand on ne sait même pas quel notaire a dressé le contrat ?) et Beatrix Aussol, veuve "Dempuech" (ou Delpuech ?)
Or, ce contrat de mariage du 08/12/1570, passé chez un notaire de nous inconnu, semble bien avoir donné lieu à un mariage réel, puisque vous paraissez sûr que ladite Beatrix Aussol, épouse de Pierre Boyer, meurt en 1576, et que ce même Pierre Boyer se remarie quelques mois plus tard "en 1577 ou 1578" avec Margueritte Delmas. Ce qui ne nous dit toujours pas, -ou cela le dit-il ?-, de quel Pierre Boyer il s’agit.
La théorie sur la virginité me laisse dubitatif. Par contre, je pense qu’il ne faut pas perdre de vue que l’année 1570 se situe en pleine guerre civile. A Millau, protestants et catholiques s’affrontent avec une fièvre destructrice particulièrement virulente (dans les deux camps). La division pouvait régner au sein-même des familles. Peut-être (ce n’est que pure conjecture, et je n’ai vraiment aucun élément pour l’étayer), peut-être les tensions pouvaient-elles faire avorter les projets de mariage quand bien même ceux-ci étaient déjà concrétisés par un contrat ? Je pense au contrat du 19 septembre avec Marie Pastre qui annonçait un mariage protestant. Et je me demande si le mariage Boyer-Aussol fut un mariage protestant ou catholique. Dans le second cas, il aurait pu s’agir d’un mariage rapidement arrangé pour contrecarrer le premier projet ... Mais bien sûr, ceci n’est qu’élucubration de ma part. Il aurait pu y avoir d’autres raisons d’annuler ce contrat (si tant est qu’il ait été annulé).
Ce qui m’amène à ajouter encore plus de confusion ! Je veux parler du contrat de mariage de Jehan Boyer, fils de Ramond Boyer, de la Cadenède, avec Marie Magne, fille de Jehan Magne, lequel contrat fut passé le 05/09/1563 à Millau devant Me Jean de Malrieu (AD 12 - 3E11789 Séq. 9 vues 31-35). Ma question est : Ramond Boyer avait-il deux fils prénommés Jean, l’un contractant mariage avec Marie Magne le 05/09/1563, et l’autre avec Catherine Reynès le 28/12/1563, par-devant le même notaire ? S’il s’agit du même Jean Boyer, je n’arrive pas à concevoir qu’il puisse s’être marié deux fois à moins de quatre mois d’intervalle ! Soit il s’agit de deux frères, portant le même prénom de Jean, mais alors que devient celui qui épouse Marie Magne ? Soit le premier contrat a été annulé, et l’unique Jean Boyer, fils de Ramond, après avoir envisagé d’épouser Marie Magne, a-t-il finalement épousé Catherine Reynès, union dont naquirent au moins les huit enfants que l’on connaît.
Je ne sais rien de l’appartenance religieuse des protagonistes Jean Boyer, Marie Magne et Catherine Reynes. Par contre, pour le contexte, il me semble que 1563 est l’année où la Ville de Millau, derrière ses consuls, se déclare ouvertement protestante. (cf Millau, des origines à 1789, par l’Abbé Pierre-Edmond Vivier, conférence de 1990 publiée dans les annales de l’Université Populaire du Sud-Rouergue vol. 7)
Voilà, je n’apporte rien de bien consistant au débat, mais je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre les deux contrats de mariage de Jean Boyer en 1563 et les deux contrats de mariage de Pierre Boyer en 1570, contrats distants dans le premier cas d’un peu plus de trois mois, et dans le second d’un peu moins. L’incursion de la situation politico-religieuse perturbée de l’époque dans le domaine très privé des contrats de mariage n’est toutefois que pure spéculation de ma part. Je ne voudrais pas non plus avoir l’air d’insinuer que dans les quatre contrats de 1563 et 1570, il s’agisse uniquement des deux frères Boyer, Jean et Pierre, fils de Ramond. Je n’en sais rien, mais c’est une possibilité ...
La généalogie est faite de réponses qui prennent leur place dans les différentes ramifications d’un arbre de la façon la plus rigoureuse qui soit, mais en l’attente de réponses nettes, elle procède aussi d’hypothèses que la documentation permettra peut-être un jour de valider ... ou d’infirmer !